Les deux pins sur un rocher
 
Dans les montagnes Pyrénéennes entre  Cerdagne et Capcir,  le climat était si rude, le vent âpre fouettait si fort les joues, que les arbres étaient une bénédiction pour les villages Catalans alentours.
Ils apportaient chaleur, pendant l’hivernage et travail pour les hommes dès les fontes.
En 1939 deux graines de pin-parasol, venant du versant Espagnol, furent déposées  sur un rocher, tout près du lac de Matemale.
Et même si le gel, la sécheresse,  avait tout fait pour les en empêcher, en quelques années , embrassant le minéral, deux arbres juvéniles,  avaient réussi à y pousser, si profondément entrelacés l’un dans l’autre, que  l’œil humain n’aurait pu  les dissocier.
Il fallait les voir, amoureusement noués,  s’élancer pour boire les ciels d’été, la cime tournée vers le Cambre d’Aze.
Leur beauté avait attiré deux jeunes Catalans  qui venaient chaque jour  renouveler, promesses et serments. Ces deux amants y avaient depuis le début de l’été, trouvé au pied de ces quatre éléments,  à la fois un refuge  mais aussi un symbole pour leur aventure.
Le jeune homme, chaque jour s’ouvrait un peu plus à sa future compagne. Joan ressentait en lui, une envie de Nord, de sonder le murmure des plaines, une  vraie envie de ville, un frémissement à l’idée des bruits de machines et des désirs de richesse bien illusoires.
Monserrat, de ses grands yeux de braise pressentait qu’il lui fallait profiter de chaque souffle de cet amour comme le fer s’enflamme et profite de la forge.
 
Ils se retrouvèrent aux derniers rayons de l’automne, ce matin là, pour son départ.
Elle sentait déjà la vie de l’autre pousser dans son ventre,  mais elle n’avait pas encore trouvé le moment opportun pour  lui en parler.
Quand, rougissante, elle lui fit part de son état,  cela sembla comme durcir encore plus la détermination de Joan .
Il l’embrassa promptement, lui promit,  des écritures et des appels , des lettres pour de futurs  ralliements, bref, tout le chapelet facile et sempiternel des serments habituels.
Rien ne vint.
Les saisons passèrent, puis les années. Le fils de Joan et de Monserrat,  pendant ce temps grandissait  et ses grands yeux indigos interrogeaient le Nord.
Pour ses quinze ans, une lettre lui parvint l’invitant à se rendre auprès de son père.
Il annonça la nouvelle de son départ, déjà curieux des vapeurs des cités  à l’accent pointu,   près de l’arbre, là même où ses parents l’avait conçu.
Sa mère, implorait tous les saints,  les archanges  et l’omniscience du divin ; rien  n’y fit ; elle en mourut.
Sa parole cependant ne resta pas vaine, un archange l’accueillit entre ses ailes puissantes et lui dit : 
«  Ton amour de femme est resté comme cette pierre, immuable à travers le temps, gloire à toi femme ! » 
 
A ces mots, la pierre sur laquelle reposaient les deux pins, disparut, engloutie qu’elle fut à jamais dans la terre Catalane, indigne du regard des hommes.
Seuls,  reste aujourd’hui, les deux arbres entrelacés  qui désespérément,  génération après génération, coupe après coupe,  fauchage après fauchage , renaîtront   et crieront leur fatigue  face au ciel,  jusqu’à ce qu’ils  entendent au delà du bruissement des frondaisons, l’impermanence des choses,  le son profond de la femme qui attend.
Voyageurs qui passez près du lac, en cherchant parmi les milliers de pins qui dorment  si sagement rangés , près des rives , si vous cherchez les traces anciennes de cette histoire, vous finirez bien par tomber, comme moi,  face à face, avec l’image même de leur destin.  
 
    Los dos pinos del penasco
 
    En los Pirineos , entre Cerdana y Capcir, el clima era tan riguroso, el viento aspero azotaba las mejillas con tanta fuerza que los arboles eran una benediccion para los pueblos Catalanes de los alrededores. Traian calor durante los largos inviernos y  trabajo para los hombres al deshielo.
En 1939  dos semillas de pino vinieron de la vertiente espanola y se colocaron en un penasco, cerca del lago de Matemale.
El hielo y la sequedad intentaron impedirlos, pero pasando unos cuantos anos, dos arboles juveniles abrazaron el mineral y consiguieron crecer, tan profundamente enlazados el uno con el otro, que el ojo humano no hubiera podido disociarlos.
Habia que verlos, unidos en un mismo amor, lanzandose a beber los cielos de verano, la cima dirigida hacia el Cambre d’Aze.
Su belleza atrajo a dos jovenes catalanes que venian cada dia repitiendo promesas y juramentos.
Desde los primeros dias de verano, aquellos dos amantes habian encontrado al pie de esos cuatro elementos, a la vez  un refugio pero tambien un simbolo a su aventura.
El chico se abria cada dia mas a su futura companera. Joan sentia en si unas ganas de Norte, de sondear el murmuro de los llanos, unas ganas locas de ciudad, un estremecimiento cuando pensaba en los ruidos de las maquinas y de las riquezas ilusorias.
Monserrat, con sus grandes ojos apasionados, presentia que tenia que aprovechar cada soplo de ese amor, como el hierro que se enciende y crece en la fragua.
Se despidieron aquella manana, bajo los ultimos  rayos del otono. Sentia en si la vida del otro que crecia en su vientre pero no encontro el momento oportuno para decirselo.
Cuando, ruborizada, le informo de su estado, la determinacion de Joan se endurecio ;
La beso fugazmente, le prometio escritos y llamadas, cartas de futuras cohartadas, o sea , toda la serie  facil y sempiterna de los habituales juramentos. Nada vino.
Las estaciones pasaron y los anos.
Durante ese tiempo el hijo de Joan y Monserrat crecia y sus grandes ojos azules interrogaban el Norte . Cuando cumplio quince anos, recibio una carta.
Le invitaba a reunirse con su padre.
Anuncio que se marchaba , ya curioso de los vapores de las ciudades que tienen el acento agudo, cerca del arbol, ahi mismo donde sus padres le habian concebido.
Su madre imploro todos los santos, los arcangelos y la omnisciencia divina ; se murio de desesperacion.
Pero sus palabras no fueron vanas ; un arcangel le acojio entre sus alas poderosas y le dijo :
« Tu amor de mujer se ha quedado como aquella piedra , inmutable a traves del tiempo, gloria a ti  mujer ! »
Al decir esas palabras,  la piedra donde estaban colocados los dos pinos, desaparecio ; fue tragada  para siempre en la tierra Catalana, indigna de la mirada de los hombres.
Hoy solo quedan los dos arboles enlazados que desesperadamente , generacion tras generacion, siega tras siega, renaceran y gritaran su  cansancio al cielo, hasta que oigan, mas alla de la frondosidad la impermanencia de las cosas, el sonido profundo de la mujer que espera.
Viajeros que pasais cerca del lago, entre miles de pinos que duermen tranquilos , cerca de la orilla, si buscais las huellas de aquella antigua historia, acabareis por encontraros, como yo, cara a cara ,con la imagen de su destino.